On dirait que mon téléphone se prend pour un klaxon.
Il émet un “beep” retentissant…Trois petites flèches clignotent et m’indiquent que j’ai un appel. OUIII, j’arrive!!!Des petits numéros apparaissent sur mon afficheur…Tiens, d’où il appelle, celui-là?
416, c’est Toronto, ca va.
514. Mtl. duh.
450. Laval et environs
819. Là c’est plus large…Outaouais, Drummond, Sherbrooke, etc!
418. Bas-St-Laurent
905. Hamilton.
613, c’est local!
780 Edmonton.
Il y en a tellement! Les appels viennent de partout. Du Nouveau-Mexique. De la Californie. De Paris. De vieux cellulaires grincheux.
Et je prends un malin plaisir à deviner d’où ils peuvent bien appeler. D’un petit café branché? D’une boîte téléphonique au coin d’une intersection bruyante? De leur bain?!! D’une salle d’attente de médecin? D’un autobus? De leur chambre d’hôtel? D’une ligne piratée?
Il y a d’abord ceux qui sont gentils, qui vous demandent
-Hello there, how are you doin’ today?
avant d’entamer la conversation. Et qui vous remercient très chaleureusement, à la fin, pour votre sollicitude.
Puis, il y a ceux qui sont perdus, qui n’ont pas pensé à comment ils allaient expliquer ce qu’ils voulaient, et qui disent souvent un truc du genre: “I...(soupir)…well, it’s a bit complicated, see...(re-soupir, hésitation), I’m not sure …”.
Ensuite, il y a ceux qui ont besoin de parler. Ceux qui vous racontent le pourquoi et le comment de leur vie. Tout ce que vous auriez préféré ne pas savoir, tous leurs problèmes et leurs calamités. Généralement sympathiques.
Il y a aussi les ”brefs et conçis”:
- Bob Stevens, please.
Oui, parfait, un instant SVP.
Il y a ceux qui sont pas mal tannés de tomber sur des boîtes vocales parce que c’est l’été, parce que c’est l’heure du lunch ou parce que les employés sont en réunion, et qui veulent parler à quelqu’un tussuite, maintenant, là, là.
Il y a ceux qui croient que je sais tout…
- Jpeux parler à Eric, stp?
- Eric qui?
-Vous avez plus qu’un Eric?
-Oui, nous avons beaucoup d’employés. Avez-vous son nom de famille?
-Ben chais pas, jmen souviens pu.
- D’accord, alors il travaille dans quel secteur, exactement?
-Euh, je’l sais pas.
Et finalement, il y a ceux qui sont vraiment perdus. Qui sont dans le champ de patates bien comme il faut. Souvent les plus drôles.
- Hi, Im an American, and I need to know what I need in terms of papers to cross the border in order to go to Toronto.
-I’m sorry, sir, our organization doesn’t deal with tourism. We deal with the arts, and culture…
-Well, do you have a number I could call??
Et bien sûr, il y en a des inclassables. Des chiants. Des drôles. Des très sérieux. Et des bizarres.
Enfin, bref, il y en a de toutes les couleurs.
J’adore le service à la clientèle.
Et mon téléphone-klaxon.