Par où commencer pour évacuer les frustrations de la journée? Par le trajet d’autobus, plus long qu’à l’habitude, par l’autobus lui-même, plus bondé que jamais, par des gens qui sentent la cigarette, à 8h le matin? Par le fait que les autobus ne passent qu’aux demi-heures et que si à cause de toutes ces mésaventures votre autobus a le malheur d’arriver une petite minute trop tard à votre point de transfert, vous devez faire le tour de la ville au complet, visiter toutes les avenues les plus passantes, déposer des trentaines de gens au travail, ralentir pour les piétons malheureux et arrêter souvent pour éviter de glisser sur la neige…et arriver en retard, lors de votre première journée.
Par le fait qu’à partir de là, vous ne savez pas ce que votre sort vous réserve de pire…?
Ou, par les étudiants pour qui il est normal de ne pas savoir écrire, et surtout plus anodin de ne pas aimer lire…
-Quel livre qu’on prend?
-Ben, le plus court!
Vite, vite, en terminer avec cet enfer de mots, de pages, d’histoires!
-Vous trouverez en première partie du livre une biographie de l’auteur, et en deuxième partie, une synthèse de ses oeuvres les plus connues.
-Donc si je comprends bien, on n’a pas à lire la première partie, c’est ça?
Vite, éviter ce monde où le jeune adulte se retrouve perdu, un peu comme un bateau sans amares, parce qu’enfant, ses parents ne lui ont pas lu des beaux albums imagés, ne lui ont pas raconté de contes fabuleux, et, qu’arrivé aux premières années du primaire, quand il rentrait de la maison avec un livre, ses parents lui reprochaient d’être trop intellectuel…
Ou, tout simplement, je pourrais commencer par vous raconter comment certains enseignants se dévouent à
(r)établir un équilibre, commencent le lent travail de
(re)construction et cheminent avec les élèves, en veillant sur eux non pas comme des oiseaux de proie, mais plutôt en les accompagnant pas à pas, sans sous-estimer les difficultés.
Je pourrais aussi vous raconter, même s’il est parfois très difficile de se l’avouer, que quelques minutes de retard, ce n’est pas la fin du monde…surtout si elles peuvent contribuer à nous rappeler que n’avons pas à être, incorrigibles perfectionnistes que nous sommes, plus catholiques que le Pape…
Texte délicieux. Impressioniste, délicat.
Puisqu’il faut bien continuer là où on est rendu, il faut commencer, effectivement, quelque part et… tenir bon. Ce qui revient souvent à dire, maintenir le cap, sentir d’où vient le vent, absorber les vagues, tendre la voile, la relâcher parfois et s’amuser des embruns, savourer la mer étale, aborder d’autres rivages, acoster avec confiance. Se dire que tout contribue au plaisir d’exister, malgré tout.